Les gendarmes partirent pour exécuter les ordres.

Le général avait accompagné le cortège; il entra dans la salle presque en même temps que les criminels. Il se plaça en face de Bournier qui le regardait d'un oeil enflammé par la colère.

«Gredin! gueux, scélérat!—cria le général.

-Qui est cet homme qui injurie le prévenu? dit le juge d'instruction en se retournant vers lui. Pourquoi est-il entré? Faites-le sortir.

LE GÉNÉRAL.—Pardon, Monsieur, je suis entré parce que je dois rester. Et si vous me faites sortir, vous serez fort attrapé.

LE JUGE.—Parlez plus poliment à la justice, Monsieur!

Des étrangers ne doivent pas assister à l'interrogatoire que j'ai à faire, et je vous réitère l'ordre de sortir!

LE GÉNÉRAL.—L'ordre! Sachez, Monsieur, que je n'ai d'ordre à recevoir de personne que de mon souverain (qui est très loin). Sachez, Monsieur, qu'en me forçant à m'en aller, vous faites un acte inique et absurde. Et sachez enfin que, si vous m'obligez à quitter cette salle, aucune force humaine ne m'y fera rentrer de plein gré et n'obtiendra de moi une parole relative à ces coquins. LE JUGE.—Eh! Monsieur! c'est ce que nous vous demandons; taisez-vous et partez!

LE GÉNÉRAL.—Je sors, Monsieur! Et je me ris de vous et de l'embarras dans lequel vous allez vous trouver. Le général enfonça son chapeau sur sa tête et se dirigea vers la porte. Moutier entrait au même moment; il se rangea, porta la main à son képi:

«Pardon, général!» dit-il.