MADAME BLIDOT.—Mais non, mon enfant, tu n'avais pas besoin d'avertir Torchonnet; pourquoi faire?
JACQUES.—Il dit que le général l'aurait emmené.
MADAME BLIDOT.—Emmené? En voilà une idée!
Torchonnet entre dans la chambre.
TORCHONNET.—Oui, certainement, il m'aurait emmené puisqu'il voulait me prendre pour fils; c'est le curé qui l'en a empêché. Et si j'étais venu à temps ce matin, je serais parti avec lui; le curé n'a aucun droit sur moi, il ne peut pas empêcher le général de me prendre.
MADAME BLIDOT.—Torchonnet, ce que tu dis là est très mal. M. le curé a bien voulu te prendre quand, tu étais malheureux et abandonné, Il te garde par charité et pour ton bonheur.
TORCHONNET.—Et moi je ne veux pas rester avec lui. J'ai bien entendu ce que le général disait et ce que le curé répondait; il m'a empêché d'être riche et d'être un monsieur, et moi je ne veux pas rester chez lui à travailler et à m'ennuyer. Je veux qu'on me mène au general.
MADAME BLIDOT.—Il me semble, mon garçon, que ta langue s'est bien déliée depuis hier; tu n'étais pas aussi bavard ni aussi volontaire quand tu étais chez ton maître.
TORCHONNET.—Je n'ai plus de maître et je n'en veux plus. Je veux aller rejoindre le général.
MADAME BLIDOT.—Eh bien! va le rejoindre si tu peux, et laisse-nous tranquilles. Mon petit Jacques, viens m'aider à serrer tout cela.