Et il leur mit à chacun la pièce d'or dans leur poche.

La journée s'acheva gravement; le général était pressé de partir et allait sans cesse déranger ses affaires, sous prétexte de les arranger. Moutier et Elfy étaient tristes de se quitter. Mme Blidot était triste de leur tristesse. Jacques regrettait son ami Moutier et même le général qui avait été si bon pour lui et pour Paul. On se sépara en soupirant, chacun alla se coucher. Le lendemain on se réunit pour déjeuner; il fallait partir avant neuf heures pour arriver à temps.

«Allons, dit le général se levant le premier, adieu, mes bonnes hôtesses, et au revoir.»

Il embrassa Mme Blidot, Elfy, les enfants et se dirigea vers la porte. Moutier fit comme lui ses adieux, mais avec plus de tendresse et d'émotion Et il suivit le général en jetant un dernier regard sur Elfy.

XIV

Torchonnet se dessine.

Jacques pleurait encore le départ de son ami, Paul lui essuyait les yeux avec son petit mouchoir et le regardait avec anxiété. Elfy était allée ranger la chambre de Moutier, Mme Blidot mettait en ordre celle du général qui avait tout jeté de tous côtés.

«A-t-on idée d'un sans-souci pareil? dit Mme Blidot. Il n'a rien rangé; jusqu'à sa cassette qu'il a laissée ouverte. Tous ses bijoux, ses décorations en pierreries, son service en vermeil! Les voilà à droite, à gauche; c'est incroyable! Et c'est moi qui vais avoir à répondre de tout cela! Quel drôle d'homme! Je parie qu'il ne sait pas seulement ce qu'il a.»

Pendant qu'elle cherchait à rassembler les objets épars, Jacques entra.

JACQUES.—Maman, voici Pierre Torchonnet qui est en colère après moi de ce que je ne l'ai pas averti que le général partait; ai-je eu tort, croyez-vous?