LE CURÉ.—Il faudra bien que tu apprennes à lire, à écrire et à compter, sans quoi tu ne pourras te placer nulle part.
TORCHONNET.—Je n'ai pas besoin de me placer.
LE CURÉ.—Toi, plus qu'un autre, mon enfant, parque tu n'as pas de parents pour te venir en aide.
TORCHONNET.—Bah! bah! Je sais ce que je sais.
LE CURÉ.—Et que sais-tu, mon enfant, que je ne sache pas?
TORCHONNET.—Oh! vous le savez bien aussi; seulement vous faites semblant de ne pas savoir.
LE CURÉ.—Je t'assure que je ne comprends pas où tu veux en venir.
TORCHONNET.—J'en veux venir à vous dire que vous n'êtes pas mon maître, que le général voulait me donner tout son argent et me faire son fils, que c'est vous qui l'en avez empêché, et que je veux, moi, être riche et devenir un beau monsieur.
Le bon curé, stupéfait de la hardiesse et des reproches de ce garçon qui, trois jours auparavant, tremblait devant tout le monde, resta muet, le regardant avec surprise.
TORCHONNET.—Vous faites semblant de ne pas comprendre! Vous croyez que je n'ai pas entendu ce que vous a dit le général et comment vous avez refusé de me donner, comme si j'étais à vous. Le général m'aime, et il me prendra à son retour, et vous verrez alors ce que je ferai.