LE GÉNÉRAL.—Désolé de ne pas empocher mes pièces d'or, mon brave homme, hein!

L'HÔTE.—Je suis désolé que Monsieur le comte puisse croire...

—Allons, allons, en voilà assez, dit le général en riant. Combien faites-vous votre appartement par mois et la nourriture première qualité, pour moi et pour mes amis, qui doivent être traités comme des princes?

L'hôte réfléchit en reprenant un air épanoui et en saluant plus de vingt fois le général et ses amis, comme il les avait désignés.

L'HÔTE.—Monsieur le comte, l'appartement, mille francs; la nourriture, comme Monsieur le comte la demande, mille francs également, y compris l'éclairage et le service.

LE GÉNÉRAL.—Voici deux mille francs, Monsieur. Laissez-nous tranquilles maintenant.

L'hôte salua très profondément et sortit. Le général regarda Moutier d'un air triomphant et dit en riant:

«Le pauvre diable! a-t-il eu peur de me voir partir! Au fond, il avait raison, et j'en aurais fait autant. à sa place. Nous avons l'air de trois chevaliers d'industrie, de francs voleurs. Trois hommes sans une malle, sans un paquet, lui prennent un appartement de mille francs!

MOUTIER.—Tout de même, mon général, il aurait pu être plus poli et ne pas nous faire entendre qu'il nous prenait pour des voleurs.

LE GÉNÉRAL.—Mon ami, c'est pour cela que je lui ai fait la peur qu'il a eue. A présent que nous voilà logés, allons acheter ce qu'il nous faut pour être convenablement montés en linge et en vêtements.