Mme Papofski s'arrêta haletante de colère, laissa tomber le fouet, réfléchit aux moyens de s'affranchir de la défense de son oncle. Après un temps assez considérable passé dans d'inutiles colères et des résolutions impossibles a effectuer, elle se décida à aller à Smolensk, à voir le capitaine ispravnik, et à chercher à le corrompre en lui offrant des sommes considérables pour déchirer les actes par lesquels le comte Dourakine donnait la liberté à ses gens et défendait à sa nièce d'infliger aucune punition corporelle à ses paysans, ce qui serait un obstacle à l'augmentatIon de l'abrock, etc. Elle rentra au château, assez calme en apparence, ne s'occupa plus de ses enfants, et ordonna au cocher d'atteler quatre chevaux à la petite calèche de son oncle. Une heure après, elle roulait sur la route de Smolensk au grand galop des chevaux.
XVI
VISITE QUI TOURNE MAL
Le capitaine ispravnik était chez lui et ne fut pas surpris de la visite de Mme Papofski, car il connaissait toute l'étendue de ses pouvoirs, la terreur qu'il inspirait, et la soumission que chacun était tenu d'apporter à ses volontés et à ses ordres. Il était très bien avec le gouverneur, qui le croyait un homme rigide, sévère, mais honnête et incorruptible, de sorte que les décisions de ce terrible capitaine ispravnik étaient sans appel. C'était un homme d'un aspect dur et sévère. Il était grand, assez gros, roux de chevelure et rouge de peau; son regard perçant et rusé effrayait et repoussait. Ses manières et son langage mielleux augmentaient cette répulsion. Mme Papofski le voyait pour la première fois. Il la fit entrer dans son cabinet.
«Yéfime Vassiliévitche, lui dit-elle en entrant, c'est à vous que mon oncle a remis les papiers par lesquels il donne la liberté à tous ses gens?» Le capitaine ispravnik: «Oui, Maria Pétrovna, ils sont entre mes mains.»
Madame Papofski: «Et ne peuvent-ils pas en sortir?»
Le capitaine ispravnik: «Impossible, Maria Pétrovna.»
Madame Papofski: «C'est pourtant bien ennuyeux pour moi, Yéfime Vassiliévitche; tous ces dvarovoï sont si impertinents, si mauvais, qu'on ne peut pas s'en faire obéir quand ils se sentent libres.»
Le capitaine ispravnik: «Je ne dis pas non, Maria Pétrovna; mais, que voulez-vous, la volonté de votre oncle est là.»
Madame Papofski: «Mais... vous savez que mon oncle m'a donné toutes les terres qu'il possède.»