«Mettez-vous là, Maria Pétrovna, dit le capitaine ispravnik montrant le fauteuil qu'il venait de quitter; vous allez signer le papier que je vais préparer.»
Le capitaine ispravnik eut bientôt fini l'acte, que signa la main tremblante de Maria Pétrovna.
«Partez à présent, Maria Pétrovna, et si vous dites un mot de ces deux cent mille roubles, je vous fais enlever et disparaître sans que personne puisse jamais savoir ce que vous êtes devenue; c'est alors que vous feriez connaissance avec le fouet et avec la Sibérie.»
Le capitaine ispravnik la salua, ouvrit la porte; au moment de la franchir, elle se retourna vers lui, le regarda avec colère.
«Misérable, dit-elle tout haut, sans voir quelques hommes rangés au fond de la salle.
—Vous outragez l'autorité, Maria Pétrovna! Ocipe, Feodore, prenez cette femme et menez-la dans le salon privé.»
Malgré sa résistance, Mme Papofski fut enlevée par ces hommes robustes qu'elle n'avait pas aperçus, et entraînée dans un salon petit, mais d'apparence assez élégante. Quand elle fut au milieu de ce salon, elle se sentit descendre par une trappe à peine assez large pour laisser passer le bas de son corps; ses épaules arrêtèrent la descente de la trappe; terrifiée, ne sachant ce qui allait lui arriver, elle voulut implorer la pitié des deux hommes qui l'avaient amenée, mais ils étaient disparus; elle était seule. A peine commençait-elle à s'inquiéter de sa position, qu'elle en comprit toute l'horreur, elle se sentit fouettée comme elle aurait voulu voir fouetter ses paysans. Le supplice fut court, mais terrible. La trappe remonta; la porte du petit salon s'ouvrit.
«Vous pouvez sortir, Maria Pétrovna», lui dit le capitaine ispravnik qui entrait, en lui offrant le bras d'un air souriant.
Elle aurait bien voulu l'injurier, le souffleter, l'étrangler, mais elle n'osa pas et se contenta de passer devant lui sans accepter son bras. «Maria Pétrovna, lui dit le capitaine ispravnik en l'arrêtant, j'ai eu l'honneur de vous offrir mon bras; est-ce que vous voudriez recommencer une querelle avec moi?... Non, n'est-ce pas?... Ne sommes-nous pas bons amis? ajouta-t-il avec un sourire charmant. Allons, prenez mon bras: j'aurai l'honneur de vous conduire jusqu'à votre voiture. Ne mettons pas le public dans nos confidences; tout cela doit rester entre nous.» Mme Papofski, encore tremblante, fut obligée d'accepter le bras de son ennemi, qui lui parla de la façon la plus gracieuse; elle ne lui répondait pas.
Le capitaine ispravnik, bas et familièrement: «Vous me direz bien quelques paroles gracieuses, ma chère Maria Pétrovna, devant tous ces gens qui nous regardent. Un petit sourire, Maria Pétrovna, un regard aimable: sans quoi je devrai vous faire faire connaissance avec un autre petit salon très gentil, bien plus agréable que celui que vous connaissez; on y reste plus longtemps... et on en sort toujours pour se mettre au lit.