—J'ai hâte de m'en retourner chez moi, Yéfime Vassiliévitche, répondit Mme Papofski en le regardant avec le sourire qu'il réclamait; j'ai été déjà bien indiscrète de vous faire une si longue visite.
—J'espère qu'elle vous a été agréable, chère Maria Pétrovna, comme à moi.
—Certainement, Yéfime Vassiliévitche... (dites mon cher Yéfime Vassiliévitche, lui dit à l'oreille le capitaine ispravnik), mon cher Yéfime Vassiliévitche, répéta Mme Papofski. (Demandez-moi à venir vous voir, continua son bourreau.) Venez donc me voir à Gromiline... (mon cher, dit l'ispravnik), mon cher... Ah!... ah! Je meurs!»
Et Mme Papofski tomba dans les bras du capitaine ispravnik. L'effort avait été trop violent; elle perdit connaissance. Le capitaine ispravnik la coucha dans sa voiture, fit semblant de la plaindre, de s'inquiéter, et ordonna au cocher de ramener sa maîtresse le plus vite possible, parce qu'elle avait besoin de repos. Le cocher fouetta les chevaux, qui partirent ventre à terre.
«Bonne journée! se dit le capitaine ispravnik. Deux cent mille roubles! Ah! ah! ah! la Papofski! comme elle s'est laissé prendre! j'irai la voir; si je pouvais lui extorquer encore quelque chose! Je verrai, je verrai.»
Le mouvement de la voiture, les douleurs qu'elle ressentait et le grand air firent revenir Mme Papofski de son évanouissement. Elle se remit avec peine sur la banquette de laquelle elle avait glissé, et se livra aux plus altières réflexions et aux plus terribles colères jusqu'à son retour à Gromiline. Elle se coucha en arrivant, prétextant une migraine pour ne pas éveiller la curiosité des domestiques, et resta dans son lit trois jours entiers. Le quatrième jour, quand elle voulut se lever, un mouvement extraordinaire se faisait entendre dans la maison.
XVII
PUNITION DES MÉCHANTS
Mme Papofski passa un peignoir, appela ses femmes, qui ne répondirent pas à son appel, ses enfants, qui avaient également disparu, et se décida à aller voir elle-même quelle était la cause du tumulte qu'elle entendait de tous côtés. Dans le premier salon il n'y avait personne; dans le second salon elle vit une multitude de caisses et de malles; elle entra dans la salle de billard et vit, avec une surprise mêlée de crainte, plusieurs hommes, parmi lesquels elle reconnut le capitaine ispravnik; ils causaient avec animation. En reconnaissant le capitaine ispravnik, elle ne put retenir un cri d'effroi; venait-il l'arrêter et l'emmener en prison? Chacun se retourna; un des hommes s'approcha d'elle, la salua, et lui demanda si elle était Maria Pétrovna Papofski.
«Oui, répondit-elle d'une voix étouffée par l'émotion, je suis la nièce du général comte Dourakine.