«Mange, ami, mange; si tu as peur des gendarmes, rassure-toi, nous ne te dénoncerons pas.»
Je le remerciai des yeux et j'engloutis la seconde terrine. On me servit ensuite du kasha; j'en mangeai plusieurs fois; le kvass me donna des forces. Quand j'eus finis ce repas délicieux, je remerciai mes excellents hôtes et je me levai pour m'en aller.
«—Où vas-tu, frère? dit le jeune homme.
«—Dans les bois d'où je suis venu.
«—Pourquoi ne restes-tu pas chez nous? Ma femme et moi, nous prions d'accepter notre izboucha pour y passer la nuit.
«—Je vous gênerais; vous n'avez qu'une chambre.
«—Qu'importe! tu nous apporteras la bénédiction de Dieu. Viens;: faisons nos prières devant les images, et repose-toi ensuite; tu es fatigué.»
«J'acceptai avec un signe de croix, selon l'usage des paysans, et un Merci, frère»...
«Nous nous mîmes devant les images et. nous commençâmes nos signes de croix et nos paklony (demi-prosternations); c'est en quoi consistent; les prières des paysans russes. J'eus bien soin d'en faire autant que mes hôtes. Je m'étendis ensuite sur un banc, où je m'endormis profondément jusqu'au jour.
«Avant de quitter ces braves gens, j'acceptai encore un repas de soupe aux choux et de kasha. On remplit mes poches de pain bis; ils ne voulurent pas recevoir l'argent que je leur offrais, et je me remis en route avec un nouveau courage.