Madame Dabrovine: «Jamais je ne pourrai manger tout cela, mon oncle.»

Le général: «Allons donc! Avec un peu de bonne volonté tu iras jusqu'à la fin. Tiens, regarde comme j'avale cela, moi.»

Mme Dabrovine sourit; Natasha rit de tout son coeur; Romane joignit son rire au sien.

Le général: «On voit bien que tu as passé la frontière, mon pauvre garçon; voilà que tu ris de tout ton coeur.»

Romane: «Oh oui! mon ami, j'ai le coeur léger et content.»

Le repas fut copieux pour le général et gai pour tous, grâce aux plaisanteries aimables du bon général. Quand on s'arrêta pour dîner, le secret du prince Romane fut révélé à ses anciens élèves et aux enfants de Dérigny. Lui et sa femme savaient dès l'origine ce qu'était M. Jackson. Alexandre et Michel regardaient avec une surprise mêlée de respect leur ancien gouverneur. Ils ne dirent rien d'abord, puis ils s'approchèrent du prince, lui prirent les mains et les serrèrent contre leur coeur.

Alexandre: «Je suis bien fâché... c'est-à-dire bien content, que vous soyez le prince Pajarski, mon bon monsieur Jackson. Cela me fait bien de la peine,... non, je veux dire... que... ce sera bien triste..., c'est-à-dire bien heureux pour nous, de ne plus vous voir..., pas pour nous, pour vous, je veux dire... Je vous aime tant!»

Le pauvre Alexandre, qui ne savait plus ce qu'il disait, éclata en sanglots, et se jeta dans les bras de son ex-gouverneur. Michel fit comme son frère. Le prince Romane les embrassa, les serra contre son coeur.

Le prince: «Mes chers enfants, vous resterez mes chers élèves, si votre mère et votre oncle veulent bien me garder; pourquoi me renverrait-on, si tout le monde est content de moi?»

Alexandre: «Comment! vous voudriez..., vous seriez assez bon pour rester avec nous, quoique vous soyez prince?»