Le général: «En voici une; elle en vaudra une autre; ouvrez, Dérigny: il doit y avoir trois ou quatre chambres que se suivent et qui ont chacune leur porte dans le corridor.»
Dérigny ouvrit, malgré la vive opposition de Vassili, que le général fit taire par quelques mots énergiques. Le général entra, fit quelques pas dans la chambre, regarda autour de lui d'un oeil étincelant de colère, et se tournant vers Vassili:
«Tu ne voulais pas me laisser entrer, animal, parce que tu voulais me cacher que toi et les tiens vous êtes des voleurs, des gredins. Que sont devenus tous les meubles de ces chambres? Où sont les rideaux? Pourquoi les murs sont-ils tachés comme si l'on y avait logé un régiment de Cosaques? Pourquoi les parquets sont-ils coupés, percés, comme si l'on y avait établi une bande de charpentiers?»
Vassili: «Votre Excellence sait bien que... le froid... l'humidité... le soleil...
Le général: «...emportent les meubles, arrachent les rideaux, graissent les murs, coupent les parquets? Ah! coquin, tu te moques de moi, je crois! Ah! tu me prends pour un imbécile? Attends, je vais te faire voir que je comprends et que j'ai plus d'esprit que tu ne penses!»
«Dérigny, ajouta le général en se retournant vers lui, allez dire qu'on donne cent coups de bâton à ce coquin, ce voleur, qui a osé enlever mes meubles, habiter mes chambres avec sa bande de brigands-domestiques et qui ose mentir avec une impudence digne de sa scélératesse.»
Dérigny: «Pardon, mon général, si je ne vous obéis pas tout de suite; mais nous avons besoin de Vassili pour préparer des chambres; Mme Papofski va arriver et nous n'avons rien de prêt.»
Le général: «Vous avez raison, mon ami; mais, quand tout sera prêt, menez-le à l'intendant en chef, auquel vous recommanderez de lui donner cent coups de bâton bien appliqués.
—Oui, mon général, je n'y manquerai pas», répliqua Dérigny bien résolu à n'en pas dire un mot et à tâcher de faire révoquer l'arrêt.»
Ils continuèrent la visite des chambres, et les trouvèrent toutes plus ou moins salies et dégarnies de meubles. Dérigny réussit à calmer la fureur du général en lui promettant d'arranger les plus propres avec ce qui lui restait de meubles et de rideaux.