Natasha, riant: «Moi? devenir sa femme! Oh! grand-père, vous plaisantez sans doute! Il ne voudrait pas de moi, qui suis si jeune et si folle!»
Le Général: «Tu vas avoir dix-huit ans dans six mois, Natasha, et lui en a vingt-huit; ce n'est pas...»
Natasha: «Mais il a tant souffert, grand-père! C'est comme s'il en avait quarante. Non, non, il est trop raisonnable pour vouloir m'épouser.»
Le Général: «Crois-tu qu'il ne t'aime pas?»
Natasha: «Au contraire, grand-père, il m'aime beaucoup! Je le vois et je le sens! Il pense toujours à moi, à mon bonheur, à mon plaisir; il trouve bien tout ce que je dis, tout ce que je fais. Et même, grand-père, je vous avouerai que je ris quelquefois de sa vivacité à me défendre quand on m'accuse, de sa colère contre ceux qui me trouvent en faute, de son aveuglement à mon égard; car, enfin, je parle et j'agis souvent très mal, et lui trouve toujours que j'ai raison. Oh oui! il m'aime bien! Et moi aussi je l'aime bien!»
Le Général: «Mais alors, pourquoi ne veux-tu pas l'épouser?»
Natasha, vivement: «Mais, moi, je ne demande pas mieux, grand-père; c'est lui qui ne voudra pas!
—C'est ce que nous allons voir, dit le général, riant et se frottant les mains. Dérigny, Dérigny, aller me chercher Romane, et amenez-le-moi vite, vite!»
Natasha: «Et moi, grand-père, je me sauve...»
Le Général: «Du tout, du tout, reste près de moi.»