Dérigny: «Mon général, si vous en désirez un, ce sera bientôt fait, en nous y mettant ma femme et moi. Et, travaillant pour vous, mon général, nous le ferons bien meilleur et bien plus beau.»

Le général: «J'accepte, mon ami, j'accepte avec plaisir. On vous donnera tout ce que vous voudrez et l'on vous aidera autant que vous voudrez. Mais... que diantre arrive-t-il donc à ma nièce? Le courrier est ici depuis plus d'une heure; il y a longtemps qu'elle devrait être arrivée. Nikita, fais monter à cheval un des forreiter (postillons), qu'il aille au devant pour savoir ce qui est arrivé.»

Nikita partit comme un éclair. Le général continua son inspection et fut de plus en plus satisfait des inventions de Dérigny qui avait dévalisé son propre appartement au profit de Mme Papofski.

IV

MADAME PAPOFSKI ET LES PETITS PAPOFSKI

Le général finissait la revue des appartements, quand on entendit des cris et des vociférations qui venaient de la cour.

Le général: «Qu'est-ce que c'est? Dérigny, vous qui êtes leste, courez voir ce qu'il y a, mon ami: quelque malheur arrivé à ma nièce ou à ses marmots probablement. Je vous suivrai d'un pas moins accéléré.»

Dérigny partit; les domestiques russes étaient déjà disparus; on en. tendait leurs cris se joindre à ceux de leurs camarades; le général pressait le pas autant que le lui permettaient ses nombreuses blessures, son embonpoint excessif et son âge avancé; mais le château était grand; la distance longue à parcourir. Personne ne revenait; le général commençait à souffler, à s'irriter, quand Dérigny parut.

«Ne vous alarmez pas, mon général: rien de grave. C'est la voiture de Mme Papofski qui vient d'arriver au grand galop des six chevaux, mais personne dedans.»

Le général: «Et vous appelez ça rien de grave? Que vous faut-il de mieux; ils sont tous tués: c'est évident.»