Dérigny: «Pardon, mon général; la voiture n'est pas brisée; rien n'indique un accident. Le courrier pense qu'ils seront tous descendus et que les chevaux sont partis avant qu'on ait pu les retenir.»

Le général: «Le courrier est un imbécile. Amenez-le moi, que je lui parle.»

Pendant que le général continuait à se diriger vers le perron et la cour, Dérigny alla à la recherche du courrier. Tout le monde était groupé autour de la voiture, et personne ne répondait à l'appel de Dérigny. Il parvint enfin jusqu'à la portière ouverte près de laquelle se tenait le courrier, et vit avec surprise un enfant de trois ou quatre ans étendu tout de son long sur une des banquettes et dormant profondément. Il se retira immédiatement pour rendre compte au général de ce nouvel incident. «Que le diable m'emporte si j'y comprends quelque chose!» dit le général en s'avançant toujours vers le perron.

Il le descendit, approcha de la voiture, parla au courrier, écarta la foule à coups de canne, pas très fortement appliqués, mais suffisants pour les tenir tous hors de sa portée; les gamins s'enfuirent à une distance considérable.

Le général: «C'est vrai; voilà un petit bonhomme qui dort paisiblement! Dérigny, mon cher, je crois que le courrier a raison: on aura laissé l'enfant dans la voiture parce qu'il dormait. Ma nièce est sur la route avec les sept enfants et les femmes.»

Le général, voyant les chevaux de sa nièce trop fatigués pour faire une longue route, donna des ordres pour qu'on attelât ses chevaux à sa grande berline de voyage et qu'on allât au-devant de Mme Papofski.

Rassuré sur le sort de sa nièce il se mit à rire de bon coeur de la figure qu'elle devait faire, à pied, sur la grand'route avec ses enfants et ses gens.

«Dites donc, Dérigny, j'ai envie d'aller au-devant d'eux, dans la berline, pour les voir barboter dans la poussière. La bonne histoire! la voiture partie, eux sur la route, criant, courant, appelant. Ma nièce doit être furieuse; je la connais, et je la vois d'ici, battant les enfants, poussant ses gens, etc.»

La berline du général attelée de six chevaux entrait dans la cour; le cocher allait prendre les ordres de son maître, lorsque de nouveaux cris se firent entendre:

«Eh bien! qu'y a-t-il encore? Faites taire tous ces braillards, Sémeune Ivanovitch; c'est insupportable! On n'entend que des cris depuis une heure.»