Dérigny: «Merci, ma bonne Hélène; ce que je porte est trop lourd pour vous tous.»
Madame Dérigny: «Nous en prendrons une partie, mon ami.» Dérigny: «Mais non, laissez-moi faire.»
Jacques et Paul, sur un signe et un sourire de Mme Dérigny, se jetèrent sur un des paquets, et parvinrent, après quelques efforts et des rires joyeux, à l'arracher des mains de leur père.
«Encore», leur dit Mme Dérigny, les encourageant du sourire et s'emparant du paquet, qu'elle emporta en courant dans son appartement. Une nouvelle lutte, gaie et amicale, s'engagea entre le père et les enfants; ceux-ci attaquaient vaillamment les paquets; le père les défendait mollement, voulant donner à ses enfants le plaisir du triomphe; Jacques et Paul réussirent à en soustraire chacun un, et tous trois suivirent Mme Dérigny dans leur appartement. Ils se mirent à l'oeuvre si activement, que le désordre des lits fut promptement réparé; seulement il fallut attendre quelques jours pour avoir les bois de lit, que Dérigny était obligé de fabriquer lui-même, et pour la vaisselle, qu'il fallait acheter à la ville voisine, située à seize kilomètres de Gromiline.
Leurs arrangements venaient d'être terminés lorsque le général entra. Sa face rouge, ses yeux ardents, son front plissé, ses mains derrière le dos, indiquaient une colère violente, mais comprimée.
«Dérigny, dit-il d'une voix sourde.»
Dérigny:«Mon général?»
Le général: «Votre femme, vos enfants,... sac à papier! Pourquoi cherches-tu à te sauver, Jacques? Reste ici,... pourquoi as-tu peur si tu es innocent.»
Jacques: «J'ai peur, général, parce que je devine ce que vous voulez dire; vous êtes fâché et je sens que je ne peux pas me justifier.»
Le general: «Que crois-tu que je te reproche?»