«Que portez-vous donc, papa? dit Jacques quand il fut près de lui.» Dérigny: «Des oreillers et des couvertures pour nous, mon cher enfant; nous n'en avions plus, j'avais donné les nôtres à la nièce du général et à ses enfants.»
Paul: «Papa, il faut tout leur reprendre; ils sont trop méchants; ils m'ont battu, ils m'ont fait aller si vite que je ne pouvais plus respirer. Yégor était si lourd, que j'étais éreinté.»
Dérigny: «Comment? déjà? ils ont joué au maître à peine arrivés? C'est un vilain jeu, auquel il ne faudra pas vous mêler à l'avenir, mes pauvres chers enfants.»
Jacques: «C'est ce que nous disait maman tout à l'heure. Si j'avais été là, Paul n'aurait pas été battu, car je serais tombé sur eux à coups de poing et je les aurais tous rossés.»
Dérigny, souriant: «Tu aurais fait là une jolie équipée, mon cher enfant! Battre les neveux du général! c'eût été une mauvaise affaire pour nous; le général eût été fort mécontent, et avec raison. N'oublie pas qu'il ne faut jamais agir avec ses supérieurs comme avec ses égaux, et qu'il faut savoir supporter avec patience ce qui nous vient d'eux.»
Jacques: «Mais, papa, je ne peux pas laisser maltraiter mon pauvre Paul.»
Dérigny: «Certainement non, mon brave Jacques; tu l'aurais emmené avant qu'on l'eût maltraité, et, comme tu es fort et résolu, tu les aurais facilement vaincus sans les battre.»
Jacques: «C'est vrai, papa; une autre fois, je ferai comme vous dites. Dès qu'ils contrarieront Paul, je l'emmènerai.
—C'est très bien, mon Jacquot, dit Dérigny en lui serrant la main.» Paul: «Papa, je ne veux plus aller avec ces méchants.
—C'est ce que tu pourrais faire de mieux, mon chéri, dit Mme Dérigny en l'embrassant. Mais nous oublions que votre papa est horriblement chargé, et nous sommes là les mains vides sans lui proposer de l'aider.»