A mesure que Paul parlait, le général redevenait calme; il finit par sourire et même par rire de bon coeur. Il prit Paul, l'embrassa, lui passa amicalement la main sur la tête. «Pauvre petit! c'est qu'il a raison. Oui, mon ami, tu dis vrai; je ne veux plus me mettre en colère: c'est trop vilain.
—Que je suis content! s'écria Paul. Est-ce pour tout de bon ce que vous dites? Il ne faudra donc plus avoir peur de vous! On pourra rire, causer, remuer les jambes?
Le général: «Oui, mon garçon; mais quand tu m'ennuieras trop, tu iras sur le siège avec ton papa.»
Paul: «Merci, général; c'est très bon à vous de dire cela. Je n'ai plus peur du tout.»
Le général: «Nous voilà tous contents alors. Seulement, ce qui m'ennuie, c'est que nous allions si doucement.»
—Hé! Dérigny, mon ami, faites donc marcher ces izvochtchiks; nous avançons comme des tortues.
Dérigny: «Mon général, je le dis bien; mais ils ne me comprennent pas.»
Le général: «Sac à papier! ces drôles-là! Dites-leur dourak, skatina, skareï!»
Dérigny répéta avec force les paroles russes du général; le cocher le regarda avec surprise, leva son chapeau, et fouetta ses chevaux, qui partirent au grand galop. Skareï! Skareï! répétait Dérigny quand les chevaux ralentissaient leur trot.
Le général se frottait les mains et riait. Avec la bonne humeur revint l'appétit, et Dérigny passa à Jacques, par la glace baissée, des tranches de pâté, de jambon, des membres de volailles, des gâteaux, des fruits, une bouteille de bordeaux: un véritable repas.