Le général sortit, suivi de Dérigny, et se rendit au salon, où il trouva sa nièce avec ses quatre aînés, qui l'attendaient; les quatre autres, âgés de six, cinq, quatre et trois ans mangeaient encore dans leur chambre. Le général entra en fronçant les sourcils; il offrit pourtant le bras à sa nièce et la conduisit dans la salle à manger. Mme Papofski était embarrassée; elle ne savait quelle attitude prendre; elle regardait son oncle du coin de l'oeil. Quand le potage fut mangé, elle prit bravement son parti et se hasarda à dire:
«Ah! mon oncle! comme j'ai ri quand Yégor m'a fait votre commission; vous êtes si drôle, mon oncle! Vous avez dit des choses si amusantes!»
Le général: «Elles étaient trop vraies pour vous paraître amusantes, ce me semble, Maria Pétrovna. Ce que Yégor vous a dit, je le ferais ou je le ferai: cela dépend de vous.
—Ah! mon oncle, reprit en riant Mme Papofski, qui étouffait de colère et la comprimait avec peine, vous avez cru ce que vous a dit ce niais de Yégor; il est bête, il n'a rien compris de ce que je disais.»
Le général: «Mais moi j'ai bien compris et je le répète: Malheur à celui qui touchera à un cheveu de mes Français!»
Madame Papofski: «Mais, mon oncle, Yégor a dit très mal! J'avais dit que vous m'envoyiez vos bons Français pour voir fouetter une de mes femmes qui a été impertinente. Vous, mon oncle, vous ne faites presque jamais fouetter; vous êtes si bon! Alors je croyais que cela les amuserait de venir voir ça avec moi.»
Le général la regarda avec étonnement et mépris. Le mensonge était si grossier, qu'il se sentit blessé de l'opinion qu'avait sa nièce de son esprit.
Il la regarda un instant avec des yeux étincelants de colère, mais un regard jeté sur la figure inquiète et suppliante de Dérigny lui rendit son calme.
Le général: «Parlons d'autre chose, ma nièce; comment se porte votre soeur Natalia Pétrovna?»
Madame Papofski: «Très bien, mon oncle; toujours bien.»