«Je déteste ces Français, dit enfin Anouchka, qui avait cinq ans.

—Et moi aussi, dirent Sashineka, Nikalaï et Pavlouska.

—Chut! taisez-vous, dirent Sonushka et Mitineka; si elle vous entendait, elle vous arracherait les cheveux.»

La menace fit son effet; tous se turent.

«Il faudra tout de même nous venger, dit Yégor, après un nouveau silence.

—Nous verrons ça, mais plus tard», répondit Mitineka à voix basse.

VI

LES PAPOFSKI SE DEVOILENT

Pendant que Mme Papofski donnait à ses enfants des conseils de fausseté et de platitude, conseils dont ses enfants ne devaient guère profiter, comme on le verra plus tard, le général calmait Dérigny, qui était hors de lui à la pensée des mauvais traitements qu'auraient pu souffrir sa femme et son enfant sans l'intervention du bon général, auquel il raconta, sur son ordre, ce qui s'était passé entre ses enfants et ceux de Mme Papofski.

Le général: «Ne vous effrayez pas, mon ami; je connais ma nièce, je m'en méfie, je ne la crois pas; et si l'un de vous avait à se plaindre de Maria Pétrovna ou de ses enfants, je les ferais tous partir dans la matinée. Je sais pourquoi ils sont venus à Gromiline. Je sais que ce n'est pas pour moi, mais pour mon argent; ils n'auront rien. Mon testament est fait; il n'y a rien pour eux. Je ne suis pas si sot que j'en ai l'air; je connais les amis et les ennemis, les bons et les mauvais. Au revoir, ma bonne Madame Dérigny; au revoir, mes bons petits Jacques et Paul. Venez, Dérigny; le dîner doit être servi, c'est vous qui êtes mon majordome; nous ne pouvons nous passer de vous. Vous reviendrez ensuite dîner et causer avec votre excellente femme et vos chers enfants.»