Le général: «Comme tu voudras, mon enfant... Houp! je monte.»

Et le général se hissa péniblement.

Natasha sauta légèrement et prit place en face de son oncle. Pour la première fois depuis deux ans, un sourire vint animer le visage doux et triste de Mme Dabrovine. Ce sourire fut aperçu par Natasha, qui dans sa joie serra les mains de son oncle en lui disant à l'oreille: «Elle sourit».

L'oncle sourit aussi et regarda avec tendresse sa nièce et sa petite-nièce; il se pencha à la portière, et cria au cocher d'aller aussi vite que le permettrait la fatigue, de ses chevaux.

Le général adressa une foule de questions à sa nièce et aux enfants, et découvrit, malgré l'intention visible de sa nièce de le lui dissimuler, qu'ils étaient pauvres, et que c'était par nécessité qu'ils vivaient toujours à la campagne, aussi retirés que le permettait leur nombreux voisinage.

«Nous arrivons, dit le général; voici mon Gromiline; c'est là que je vous ai vus pour la dernière fois.»

Madame Dabrovine: «Et. c'est là que j'ai été longtemps heureuse près de vous avec mon pauvre Dmitri, mon cher oncle.»

Le général: «Et c'est là, je l'espère, mon enfant, que tu vivras désormais; tu y seras comme chez toi, et je veux que tu y jouisses de la même autorité que moi-même.»

Madame Dabrovine: «Je n'abuserai pas de votre permission, mon bon oncle!»

Le général: «J'en suis bien sûr, et c'est pourquoi je te la donne; mais tu en useras, je le veux. Ah! pas de réplique! Tu te souviens que je suis méchant quand on me résiste.»