—Oui, Votre Excellence», répondit le courrier.
Il s'empressa d'exécuter les ordres du général, et avec toute l'intelligence russe il organisa si bien le repas et le coucher des Dérigny, qu'ils se trouvèrent mieux pourvus que leur maître.
Le général fut content du dîner mesquin, satisfait du coucher dur et étroit. Il se coucha tout habillé et dormit d'un somme depuis neuf heures jusqu'à six heures du lendemain. Dérigny était comme toujours le premier levé et prêt à faire son service. Le général déjeuna avec du thé, une terrine de crème, six kalatch, espèce de pain-gâteau que mangent les paysans, et demanda à Dérigny si sa femme et ses enfants étaient levés. Dérigny: «Tout prêts à partir, mon général.»
Le général: «Faites-les déjeuner et allez vous-même déjeuner, mon ami; nous partirons ensuite.»
Dérigny: «C'est fait, mon général; Stépane nous a tous fait déjeuner, avant votre réveil.»
Le général: «Ha! ha! ha! Les cinquante coups de bâton ont fait bon effet, à ce qu'il paraît.»
Dérigny: «Quels coups de bâton, mon général? Personne ne lui en a donné.»
Le général: «Non, mais je les lui ai promis si vous ou les vôtres manquiez de quelque chose.»
Dérigny: «Oh! mon général!»
Le général: «Oui, mon ami; c'est comme ça que nous menons nos domestiques russes.»