Natasha avait couru à tous les meubles, avait tout touché, tout examiné; en terminant son inspection, elle vint se jeter au cou de son oncle et l'embrassa à plusieurs reprises en s'écriant:
«Que c'est joli, mon oncle, que c'est joli! Je n'ai jamais rien vu de si joli, de si commode. Nous resterons ici toute la journée, maman et moi; et vous, mon oncle, vous viendrez nous y voir très souvent et très longtemps; vous fumerez là, dans ce bon fauteuil, près de cette fenêtre, d'où l'on a une si jolie vue, car je me souviens que vous aimez à fumer. Alexandre, Michel et moi, nous travaillerons autour de cette belle table; nous jouerons du piano, et pauvre maman sera là tout près de vous.
Madame Papofski: avec un sourire forcé. Et moi, Natasha, où est ma place?
Natasha, embarrassée et rougissant: Pardon, ma tante; je ne pensais pas... qu'il vous fût agréable... de..., de....
—...de sentir l'odeur du tabac, cria le général en embrassant à son tour sa bonne et aimable petite-nièce, et en riant aux éclats.
—Merci, mon oncle, lui dit Natasha à l'oreille en lui rendant son baiser, je l'avais oubliée.
Le général: Allons dans les chambres à coucher à présent. Voici la tienne, mon enfant.» Nouvelle surprise, nouvelles exclamations, et fureur redoublée de Mme Papofski, qui comparait son appartement avec celui de la soeur qu'elle détestait. Natasha et ses frères couraient de chambre en chambre, admiraient, remerciaient. Quand ils surent que tout était l'ouvrage des Dérigny, Natasha se jeta au cou de Mme Dérigny et serra les mains de Dérigny, pendant que les deux plus jeunes embrassaient avec une joie folle Jacques et Paul.
Le général ne se possédait pas de joie; il riait aux éclats, il se frottait les mains, selon son habitude dans ses moments de grande satisfaction, il marchait à grands pas, il regardait avec tendresse Mme Dabrovine, qui souriait des explosions de joie de ses enfants, et Natasha, dont les yeux rayonnants exprimaient le bonheur et la reconnaissance; sans cesse en passant et repassant devant son oncle elle déposait un baiser sur sa main ou sur son front.
«Mon oncle, mon oncle, s'écria-t-elle, que je suis heureuse! Que vous êtes bon!
Le général: Et moi donc, mes enfants! Je suis heureux de votre joie! Depuis de longues, longues années, je n'avais vu autour de moi une pareille satisfaction. Une seule fois, en France, j'ai fait des heureux: mes bons Dérigny et leurs frère et soeur, Moutier et Elfy.