Le général, riant: Eh! embrasses-vous! Embrassez votre nièce, vos neveux, Maria Pétrovna; et remettez-vous.» Mme Papofski embrassa en frémissant soeur, nièce et neveux.«Viens, mon enfant, que je te mène à ton appartement, dit le général en prenant le bras de Mme Dabrovine. Suivez-nous, Maria Pétrovna.»

Le langage affectueux du général à Natalie occasionna à Mme Papofski un nouveau frémissement; elle repoussa Natasha et ses frères, qui restèrent un peu en arrière, et suivit machinalement.

Le général pressait le pas; en arrivant près de la porte du bel appartement, il quitta le bras de Natalie, la porte s'ouvrit; Dérigny, sa femme et ses enfants attendaient le général avec sa nièce à l'entrée de la porte.

Le général: Te voici chez toi, ma chère enfant, et je suis sûr que tu y seras bien, grâce à mon bon Dérigny que voici, à son excellente femme que voilà, et même à leurs enfants, mes deux petits amis, Jacques et Paul, qui ont travaillé comme des hommes. Je te les présente tous et je les recommande à ton amitié.

Madame Dabrovine: D'après cette recommandation, mon oncle, vous devez être assuré que je les aimerai bien sincèrement, car ils vous ont sans doute donné des preuves d'attachement, pour que vous en parliez ainsi.»

Et Mme Dabrovine fit un salut gracieux à Dérigny et à sa femme, s'approcha de Jacques et de Paul qu'elle baisa au front en leur disant:«J'espère, enfants que vous serez bons amis avec les miens, qui sont à peu près de votre âge; vous leur apprendrez le français, ils vous apprendront le russe; ce seront des services que vous vous rendrez réciproquement.

—Entrez, entrez tous, s'écria le général, et voyez ce qu'a fait Dérigny, en quinze jours, de cet appartement sale et démeublé.»

Mme Papofski se précipita dans la première pièce, qui était un joli salon ou salle d'étude. Rien n'avait été oublié; des meubles simples, mais commodes, une grande table de travail, un piano, une jolie tenture de perse à fleurs, des rideaux pareils, donnaient à ce salon un aspect élégant et confortable.

Mme Papofski restait immobile, regardant de tous côtés, pâlissant de plus en plus. Mme Dabrovine examinait, d'un oeil triste et doux, les détails d'ameublement qui devaient rendre cette pièce si agréable à habiter; quand elle eut tout vu, elle s'approcha de son oncle, les yeux pleins de larmes, et, lui baisant la main:

«Mon oncle, que vous êtes bons! Oui, bien bon! Quels soins aimables!»