—Merci, mon bon oncle.
—Il n'y a pas de quoi nous remercier, Maria Pétrovna, répondit le général revenu de sa surprise; je n'ai pas du tout pensé aux vôtres, que vous élevez si bien et qui ont leur père pour achever votre oeuvre; je n'ai engagé M. Jackson que pour les deux fils de votre soeur, et il en aura bien assez, sans y ajouter cinq diables qui le feront enrager du matin au soir.»
Madame Papofski, à M. Jackson: «J'espère, Monsieur, que vous ferez pour moi, par complaisance, ce que mon oncle ne vous a pas imposé.»
Monsieur Jackson: «Je ferai tout ce qui sera en mon pouvoir pour vous contenter, Madame.»
L'accent un peu anglais du gouverneur n'était pas désagréable; Mme Papofski lui fit un demi-salut presque gracieux, et regarda sa soeur d'un air de triomphe. Le général se grattait la tête; il avait l'air embarrassé et mécontent.
«C'est impossible, dit-il enfin; impossible! Jackson ne peut pas avoir une bande de drôles indisciplinés à régenter. Je ne le veux pas; je le défends; entendez-vous, Jackson; et vous, Maria Pétrovna, m'avez-vous entendu?»
M. Jackson s'inclina; Mme Papofski dit d'un air piqué qu'elle était habituée à se voir, ainsi que ses enfants, traitée en étrangère, et qu'elle se soumettait aux ordres de son oncle.
Le dîner fut calme; le soir les enfants jouèrent dans la galerie comme à l'ordinaire; Jacques et Paul y furent appelés. Natasha et M. Jackson durent plus d'une fois s'interposer entre les bons et les mauvais; ces derniers étaient en nombre. M. Jackson examinait et jugeait; il ne se mêlait pas aux jeux.
«Jouez donc avec nous, Monsieur, dit Natasha; vous vous ennuierez tout seul sur cette chaise.»
Monsieur Jackson: «Je vous remercie de votre offre obligeante, Mademoiselle, j'en profiterai demain et les jours suivants; aujourd'hui je me sens tellement fatigué de mon long voyage, que je demande la permission d'être simple spectateur de vos jeux.»