«Je l'aimais comme mon fils, et il avait pour moi une affection toute filiale.»

Romane était retourné en congé en Pologne, et le général n'en avait pas entendu parler depuis. On lui avait seulement appris qu'il avait disparu un beau jour sans qu'on ait pu savoir ce qu'il était devenu.

«Il m'a dit avant dîner qu'on l'avait accusé de complots contre la Russie pour rétablir le royaume de Pologne; qu'il avait été enlevé, mené en Sibérie, et qu'après y avoir souffert horriblement il était parvenu à s'échapper, et qu'après mille dangers il avait eu le bonheur d'être trouvé par vos enfants, mon brave Dérigny.»

Dérigny: «Mon général, avant de vous demander ce que vous ferez du prince Pajarski, qui ne peut pas rester éternellement gouverneur de vos petits-neveux, quelque charmante et aimable que soit toute cette famille, je crois devoir vous faire part d'une découverte qu'a faite mon petit Jacques, et dont il a compris l'importance.»

Dérigny raconta au général ce qui s'était passé entre lui et Mme Papofski, et les menaces que Jacques lui avait entendu proférer.

Le général devint pourpre; ses yeux prirent l'aspect flamboyant qui leur était particulier dans ses grandes colères. Il fut quelque temps sans parler et dans une grande agitation.

«La misérable! s'écria-t-il enfin. La scélérate!... C'est qu'elle pourrait réussir! Une dénonciation est toujours bien accueillie dans ce pays, surtout quand il y a de la Pologne et du catholique sous jeu. Et nous voilà avec notre pauvre Romane! Si elle découvre quelque chose, nous sommes tous perdus! Que faire? Dérigny, mon ami, venez-moi en aide. Que feriez-vous pour sauver mes pauvres enfants Dabrovine, et vous et les vôtres, des serres de ce vautour?»

Dérigny: «Contre des maux pareils, mon général, je ne connais qu'un moyen, la fuite.»

Le général: «Et comment fuir, six personnes ensemble? Et comment vivre, sans argent, en pays étranger?»

Dérigny: «Pourquoi, mon général, ne prépareriez-vous pas les voies en vendant quelque chose de votre immense fortune?»