«Qu'est-ce qui se passe donc par là, sur le champ de foire?» demanda Frédéric qui avait repris de la gaieté depuis qu'il s'était débarrassé de sa montre et de la chaîne. «On dirait que les gendarmes ont arrêté quelqu'un.
ALCIDE.—Allons voir, tout le monde y court; il doit y avoir quelque chose de curieux.
Ils se dépêchèrent et vinrent se mêler à la foule.
«Qu'est-ce qu'il y a?» demanda Alcide à un brave homme qui parlait et gesticulait avec animation.
UN HOMME.—Ce sont deux vauriens que les gendarmes viennent d'arrêter au moment où ils enlevaient la montre d'un drôle d'original qui baragouine je ne sais quelle langue. On ne le comprends pas, et lui-même ne comprend guère mieux ce qu'on lui demande.»
Ils avancèrent; Alcide se haussa sur la pointe des pieds et vit avec effroi que l'original était M. Georgey, et que les voleurs étaient ses deux aimables compagnons.
«Sauvons-nous, dit-il à Frédéric; c'est M. Georgey et les deux gredins qui m'ont probablement aussi volé ma montre. Si l'Anglais nous voit, il va nous appeler; nous serions perdus.»
Frédéric voulut s'enfuir; Alcide le retint fortement.
«Doucement donc, maladroit, tu vas nous faire prendre si tu as l'air d'avoir peur; suis-moi; ayons l'air de vouloir nous faufiler d'un autre côté.»
Ils parvinrent à sortir de la foule; pendant qu'ils échappaient ainsi au danger qui les menaçait, Alcide trouva moyen de couler dans la poche de Frédéric la seconde chaîne et l'or et l'argent qui lui restaient. Quand ils se furent un peu éloignés, ils pressèrent le pas.