En passant devant un café très éclairé, Alcide regarda à sa montre l'heure qu'il était.
«Onze heures! dit-il. Rentrons vite.»
Mais au même moment il se sentit saisir au collet. Il poussa un cri lorsqu'en se retournant il vit un gendarme. Frédéric, qui marchait devant, fit une exclamation:
«Les gendarmes!»
Et il courut plus vite. Un instant après, il se sentit arrêter à son tour.
LE GENDARME.—Ah! tu te sauves devant les gendarmes, mon garçon: mauvais signe! Il faut que tu viennes avec ton camarade, qui a une si belle montre avec une si belle chaîne; le tout est mal assorti avec sa redingote de gros drap et ses souliers ferrés.
FRÉDÉRIC.—Lâchez-moi, Monsieur le gendarme. Je suis innocent, je vous le jure. Je n'ai rien sur moi, ni montre, ni chaîne.
LE GENDARME.—Nous allons voir ça, mon mignon; tu vas venir avec nous devant M. l'Anglais, qui a déclaré avoir été volé de tout son or, de sa montre et de sa chaîne.»
Frédéric tremblait de tous ses membres, le gendarme le soutenait en le traînant. Alcide, non moins effrayé, payait pourtant d'effronterie; il soutenait que sa montre et sa chaîne lui avaient été données par l'excellent M. Georgey; il indiquait l'horloger qui la lui avait vendue, le bijoutier qui venait de lui vendre sa chaîne.
Son air assuré, ses indications si précises, ébranlèrent un peu les gendarmes; celui qui l'escortait lui dit avec plus de douceur: