FRÉDÉRIC.—Je ne me le rappelle pas; je n'y ai seulement pas fait attention.
JULIEN.—C'est triste pour moi; c'est la seconde fois que tu oublies, et cela me donne l'air d'un menteur, d'un négligent et d'un ingrat vis-à-vis de M'sieur et de Mme Bonard.
BONARD.—Non, mon pauvre garçon, je ne te juge pas si sévèrement; depuis un an que tu es chez moi, tu m'as toujours servi de ton mieux, et je te crois un bon et honnête garçon.
JULIEN.—Merci bien, M'sieur; si je manque à mon service, ce n'est pas par mauvais vouloir, certainement.
BONARD.—Je reviens à Frédéric. Comment se fait-il que tu oublies deux fois de suite une chose aussi importante pourtant?
FRÉDÉRIC.—Mais, papa, je ne suis pas chargé des dindes; cela regarde Julien.
BONARD.—Je le sais bien; mais par intérêt pour lui, qui est si complaisant pour toi, tu aurais dû faire attention à ce qu'il te disait pour le compte de ses dindes. Et puis, comment se fait-il que les deux fois que Julien n'a plus son compte pendant que tu l'envoies en commission, je vois rôder autour de la ferme ce polisson d'Alcide que je t'avais défendu de fréquenter?
FRÉDÉRIC, embarrassé.—Je n'en sais rien; je ne le vois plus, vous le savez bien.
BONARD, sévèrement.—Je sais, au contraire, que tu continues à le voir malgré ma défense, et qu'on vous a vus ensemble bien des fois. Mais, écoute-moi. Tu sais que je n'aime pas à frapper. Eh bien, je te dis très sérieusement que je te punirai d'importance la première fois qu'on t'aura vu avec ce mauvais sujet. Je ne veux pas que tu fasses de mauvaises connaissances. Entends-tu?»
Frédéric baissa la tête sans répondre.