«Sans m'sieur Bonard, pensa-t-il, je n'aurais pas goûté de ces excellents choux et du petit salé, tout ce que j'aime!»
Frédéric rentra au moment où l'on se mettait à table. Il prit sa place accoutumée près de sa mère et mangea de bon appétit, mais sans parler, parce qu'il avait de l'humeur.
Au bout de quelques instants, surpris du silence général, il leva les yeux sur son père qui l'examinait attentivement, puis sur sa mère, dont la physionomie grave lui causa quelque appréhension. Il aurait bien voulu questionner Julien, mais on l'aurait entendu, et il ne voulait pas laisser deviner son inquiétude. Quand le souper fut terminé, Frédéric se leva pour sortir; Bonard le retint.
«Reste là, Frédéric; j'ai à te parler.»
Frédéric se rassit.
BONARD.—Tu sais qu'il manque une dinde dans le troupeau de Julien?
FRÉDÉRIC, troublé.—Non, mon père; je ne le savais pas.
BONARD.—Julien t'en a donné le compte quand tu l'as envoyé en commission.
FRÉDÉRIC.—Je ne pense pas, mon père; je ne m'en souviens pas.
JULIEN.—Comment, tu as oublié que nous les avons comptées ensemble au retour des champs, et qu'avant de partir pour le moulin je t'ai répété que le troupeau était au complet, qu'il y en avait quarante-sept?