MADAME BONARD.—Toi! Y penses-tu, mon pauvre enfant? C'est un métier de chien d'être soldat.

FRÉDÉRIC.—Pas déjà si mauvais. On voit du pays; on a de bons camarades.

MADAME BONARD.—Ne va pas te monter la tête. Je ne veux pas que tu sois soldat, moi. Ton père ne le voudrait pas non plus. Pour te faire tuer dans quelque bataille!

FRÉDÉRIC.—Mon père! Ça lui est bien égal. Que je vive ou que je meure, que lui importe? Sans M. Georgey, il y a longtemps que je ne serais plus.

MADAME BONARD.—Frédéric, ne parle pas comme ça. N'oublie pas ce qui s'était passé.»

Frédéric se tut, baissa la tête et resta triste et silencieux. Depuis sa maladie on ne le voyait plus sourire: on entendait à peine sa voix; il mangeait peu, il dormait mal, il travaillait mollement. Jamais il ne parlait à son père ni de son père. Il évitait de se trouver avec lui et même de le regarder; il semblait que la vue de Bonard lui causât une sensation pénible, douloureuse même.

XX

L'ENGAGEMENT

Julien avait enfin rempli son engagement avec M. Georgey. Trois mois après la fameuse foire qui avait été témoin de si fâcheux événements, Frédéric put reprendre son travail et Julien commença le sien chez M. Georgey.

Son nouveau maître le fit aller à l'école; Julien avait de la mémoire, de la facilité, de l'intelligence et de la bonne volonté; il apprit en moins d'un an à lire, à écrire, le calcul, les premiers éléments de toutes les choses que M. Georgey voulait lui faire apprendre. Tout le monde était content de lui; il aidait à tout; il était actif, complaisant, prévenant même; il servait M. Georgey avec un zèle et une fidélité qui étaient vivement appréciés par le brave Anglais. Bien des fois M. Georgey avait voulu récompenser généreusement Julien de ses services; Julien avait toujours refusé; et quand son maître insistait, sa réponse était toujours la même.