Ils restèrent quelques instants sans parler, Frédéric cherchait à contenir son émotion et à dissimuler sa honte; M. Georgey cherchait les moyens de le faire penser à autre chose. Enfin, il trouva.
«J'avais vu lé colonel; il m'avait dit c'était pas grand'chose pour toi. Le maréchal des logis dira c'était rien, c'était lui qui avait poussé; toi avais poussé Alcide seulement; toi étais excellente créature et lé autres t'aiment tous. Et lé jugement être excellent.»
Frédéric le regarda avec surprise.
FRÉDÉRIC.—J'ai pourtant entendu la lecture de l'acte d'accusation qui dit que j'ai lutté contre le maréchal des logis.
M. GEORGEY.—Quoi c'est lutter? Ce n'était rien du tout. Ce n'était pas taper.
FRÉDÉRIC.—Que Dieu vous entende, Monsieur! Je vous remercie de votre bonne intention.
M. GEORGEY.—Tiens, Fridric, voilà une grosse panier; il y avait bonnes choses pour manger. Tu avais curiosité? Tu volais voir? jé savais. Voilà.»
M. Georgey retira trois langues fourrées et fumées.
«Une, ail. Une, truffes. Une, pistaches; tout trois admirables. Une pâté, une jambon.»
Il posa le tout sur la paillasse. Frédéric sourit, il était touché de la bonté avec laquelle cet excellent homme cherchait à le consoler. Il prit un air satisfait et le remercia vivement d'avoir si bien trouvé des distractions à son chagrin.