FRÉDÉRIC, d'une voix tremblante.—Mon colonel, j'ai eu le malheur de commettre une grande faute; je me suis laissé entraîner à boire, à m'enivrer. Je me suis trouvé, je ne puis expliquer comment, dans l'état de dégradation qui m'amène devant votre justice. Je n'ai aucun souvenir de ce qui s'est passé entre moi et mon maréchal des logis. Je me fie entièrement à lui pour vous faire connaître l'étendue de ma faute; je l'aime, je le respecte, et depuis quinze jours j'expie, par mon repentir et par mes larmes, le malheur de lui avoir manqué.
LE PRÉSIDENT.—Ne vous souvenez-vous pas d'avoir été appelé par Bourel pour le défendre contre le maréchal des logis?
FRÉDÉRIC.—Non, mon colonel.
LE PRÉSIDENT.—Vous ne vous souvenez pas d'avoir engagé une lutte contre le maréchal des logis?
FRÉDÉRIC.—Non, mon colonel.
LE PRÉSIDENT.—Allez vous asseoir.»
Frédéric, pâle et défait, retourne à sa place. On appelle les témoins; ils atténuent de leur mieux la part de Frédéric dans la lutte.
Les camarades d'Alcide avouent le complot imaginé par lui, les moyens de flatteries et d'hypocrisie qu'ils avaient employés, l'achat des vins et liqueurs pour enivrer plus sûrement leur victime; le projet de vol, que leur propre ivresse et l'arrivée du maréchal des logis les avaient empêchés de mettre à exécution. Les interruptions et les emportements d'Alcide excitent l'indignation de l'auditoire.
Après l'audition des témoins, les avocats prennent la parole; celui d'Alcide invoque en faveur de son client l'ivresse, l'entraînement; il promet un changement complet si les juges veulent bien user d'indulgence et lui accorder la vie.
L'avocat de Frédéric rappelle ses bons précédents, son exactitude au service, sa bravoure dans les combats, les qualités qui l'ont fait aimer de ses chefs et de ses camarades; il le recommande instamment à la bienveillance de ses chefs, tant pour lui que pour ses parents, que le déshonneur de leur fils atteindrait mortellement. Il plaide son innocence; il prouve que Frédéric a été victime d'un complot tramé par Bourel pour se rendre maître de l'argent que possédait Bonard et le perdre dans l'esprit de ses chefs. Il annonce que M. Georgey, ami de Frédéric, se chargeait d'expliquer l'indigne accusation de vol lancée par Alcide Bourel.