Pendant qu'ils s'expliquaient, Bonard rentra dans la salle et vit son Anglais vêtu d'une chemise si longue qu'elle lui battait les talons, les bras croisés devant ses habits, qu'il contemplait tristement.

BONARD.—Il est certain que vos beaux habits sont un peu abîmés, Monsieur, mais donnez-les-moi, il n'y paraîtra pas tout à l'heure.»

Et, avant que l'Anglais ait eu le temps de décroiser et d'allonger ses bras, Bonard avait saisi et emporté les vêtements pour les rincer dans la mare qui se trouvait tout à côté.

L'Anglais eut beau crier:

«Oh! dear! Oh! goodness! Mes papers! Prenez attention à mes papers! Pas d'eau à mes papers! vous faisez périr mes papers

Bonard n'y fit pas attention, et ne rapporta les vêtements que lorsqu'il furent bien nettoyés... et bien trempés.

BONARD.—Tenez, Monsieur, voilà vos habits, un peu humide, mais propres. Oh! je les ai bien tordus, allez, il n'y reste guère d'eau; ils sécheront sur vous.»

L'Anglais saisit la redingote, fouilla dans les poches et en retira précipitamment un gros porte-feuille, qu'il ouvrit en tremblant. Il en retira des papiers qui étaient dans un état déplorable. Il s'avança vers Bonard, les lui mit à deux pouces du visage, et lui dit d'une voix étouffée par l'émotion:

«Malhonnête! Scélérate! Vous avoir perdu les papers à moi! Voyez, voyez, grosse malheureuse. Les sketches (dessins) de tous mes fabrications! Les comprennements de tous mes machines! Quoi je férai à présent? Quoi je présenterai à mes amis d'Angleterre?»

Bonard, qui le considérait comme un fou, ne se fâcha pas des injures ni de la colère injuste de l'Anglais. Il regarda les papiers à mesure que M. Georgey les déployait, et dit avec calme: