Caroline revint à ta ferme et conta à Mme Bonard ce qui s'était passé. Mme Bonard rit de bon coeur.
«C'est un brave petit garçon, dit-elle: il a eu peur qu'il ne lui arrivât une aventure comme avec Alcide, et il a bien fait.
CAROLINE.—Grand merci! Vous trouvez bien fait de m'avoir cinglé les doigts à m'en laisser la marque, de me...
MADAME BONARD.—Ecoutez donc, c'est ma faute; j'aurais dû vous accompagner et lui expliquer moi-même notre marché. Venez, venez, Caroline, je vais vous faire donner votre dinde.»
Elles retournèrent au champ, et, à leur grande surprise, elles virent près de Julien M. Georgey riant et se tenant les côtes.
Quand elles approchèrent, il redoubla ses éclats de rire et ne put articuler une parole.
MADAME BONARD.—Qu'y a-t-il, mon Julien? Pourquoi M. Georgey est-il avec toi? Pourquoi rit-il si fort?
JULIEN.—Il paraît qu'il était ici tout près, caché dans un buisson, pendant que je défendais mes dindes contre cette dame qui voulait m'en prendre une. Dès qu'elle a été partie, il a sauté hors de son buisson, il est arrivé à moi en courant; il a voulu me saisir les mains, je me suis défendu avec ma baguette, je l'ai cinglé de mon mieux. Au lieu de se fâcher, il s'est mis à rire; plus je cinglais, plus il riait et le voilà qui rit encore à s'étouffer. Tenez, voyez, le voilà qui se roule... Je vais me sauver avec mes dindes;... le voilà qui se calme; il ne disait qu'un seul mot, toujours le même: tarké, tarké!»
Les rires de l'Anglais reprirent de plus belle.
MADAME BONARD.—N'aie pas peur, mon Julien, reste là; ce M. Georgey veut une bête de ton troupeau, qu'il appelle tarké. Et voici sa servante, Mlle Caroline, qui venait en acheter une; c'est moi qui te l'envoyais.