M. Georgey lui expliqua avec beaucoup de peine qu'étant resté en arrière il avait vu ce qui s'était passé au tournant du petit bois. Alcide en était sorti en courant, poursuivi par M. Bonard qui se trouvait encore dans le plus épais du taillis; Alcide, se voyant au moment d'être pris, avait sauté dans le fossé; s'y était couché tout de son long, caché par un saule dont les branches retombaient sur le fossé; que M. Bonard, sorti du bois, n'avait plus trouvé Alcide et revenait sans doute à la ferme à travers bois.

Mme Bonard ne trouva pas la chose aussi plaisante et hâta le pas pour rejoindre son mari. Julien le suivit, malgré les appels réitérés de M. Georgey, qui restait à la même place et qui voulait aller chercher Alcide dans son fossé.

Mme Bonard arriva à la ferme en même temps que son mari.

MADAME BONARD.—C'est-il vrai, Bonard, que tu as vu Alcide? Pourquoi as-tu couru après lui?

BONARD.—Parce que je croyais avoir aperçu Frédéric; je voulais le prendre sur le fait.

MADAME BONARD.—Etaient-ils vraiment ensemble? M. Georgey n'a vu qu'Alcide tout seul qui est tombé dans le fossé en sortant du bois.

BONARD.—Je n'ai plus vu personne. Mais nous allons bien voir si Frédéric est à la ferme. Si je ne trouve pas, c'est qu'il doit être encore avec ce coquin d'Alcide, et qu'ils se sont sauvés chacun de leur côté. Va voir à l'étable pendant que je vais voir à l'écurie.»

Bonard entra dans l'écurie et aperçut Frédéric couché sur des bottes de foin et profondément endormi.

«C'est étonnant, se dit-il; j'aurais juré qu'ils étaient deux.»

Il s'approcha de Frédéric, le poussa légèrement; Frédéric entr'ouvrit les yeux, se souleva à demi et retomba endormi.