JULIEN.—Je serais heureux, Monsieur si je ne craignais de gêner mes bons maîtres. Ils ne sont pas riches; ils n'ont que leur petite terre pour vivre, et ils travaillent tous deux au point de se rendre malades parfois.
M. GEORGEY.—Et Frédéric? Il était un fainéante?
JULIEN, embarrassé.—Non, M'sieur: mais,... mais...
M. GEORGEY.—Très bien, très bien, pétite Juliène, jé comprénais; jé voyais lé vraie chose. Toi voulais pas dire mal. Et Frédéric il était une polissonne, une garnement mauvaise, une voleur, une...
JULIEN, vivement.—Non, non, Monsieur; je vous assure que...
M. GEORGEY.—Jé savais, jé disais, jé croyais. Tais-toi, pétite Juliène... Prends ça, pétite Juliène, ajouta-t-il en lui tendant une pièce d'or. Prendez, jé disais: prendez, répéta-t-il d'un air d'autorité auquel Julien n'osa pas résister. C'était pour acheter une blouse neuf.»
M. Georgey se leva, serra la main de Julien, et s'en alla d'un pas grave et lent sans tourner la tête.
Le lendemain, M. Georgy revint s'asseoir comme de coutume près de Julien, pour l'interroger et le faire causer. En le quittant, il lui tendit une nouvelle pièce d'or, que Julien refusa énergiquement.
JULIEN.—C'est trop, M'sieur, c'est trop; vrai, c'est beaucoup trop.
M. GEORGEY.—Pétite Juliène, jé voulais. C'était pour acheter lé inexpressible (pantalon).»