M. GEORGEY.—Oh! yes! moi Anglais catholique, moi du pays Irlande: lé pétite Juliène catholique comme moi. Vous voyez pas moi à votre église comme vous!... Pourquoi vous pas dire rien? Jé vous démande lé pétite Juliène.»

Mme Bonard pleurait et ne pouvait répondre.

M. GEORGEY.—Vous pas comprendre, lé pétite Juliène être très fort heureuse avec moi. Lui apprendre tout: avoir l'argent beaucoup: avoir lé bonne religion catholique. Tout ça excellent.

MADAME BONARD.—Vous avez raison, Monsieur: je le sais, je le vois... Prenez-le, Monsieur, mais après la foire.

M. GEORGEY.—Bravo, Madme Bonarde, vous bonne créature: moi beaucoup remercier vous. Jé viendrai lé jour de lendemain du foire. Adieu, bonsoir.»

M. Georgey s'en alla se frottant les mains: en passant devant le champ où Julien gardait les dindons, il lui annonça le consentement de Mme Bonard, lui promit de le rendre très heureux, de lui faire apprendre toutes sortes choses, et de le laisser venir chez les Bonard tous les soirs.

Julien ne pleura pas cette fois; il commençait à avoir de l'amitié pour l'Anglais, qui avait été si bon pour lui; il comprenait que chez M. Georgey il ne serait à charge à personne, qu'il y recevrait une éducation meilleure que chez Mme Bonard. Et puis, il craignait un peu de se laisser gagner par les mauvais exemples de Frédéric et par les détestables conseils d'Alcide, qu'il ne pouvait pas toujours éviter.

Julien se borna donc à soupirer; il remercia M. Georgey et lui promit de se tenir prêt pour le surlendemain. M. Georgey lui secoua la main, lui dit qu'il le reverrait à la foire, et s'en alla très content.

A peine fut-il parti qu'Alcide sortit du bois.

ALCIDE.—Bonjour, Julien, tu gardes toujours tes dindons? Belle occupation, en vérité!