FRÉDÉRIC, indigné.—Moi!... par exemple! Moi le fils de la maison! Pendant que toi tu irais t'amuser! Toi qui es ici par charité pour servir tout le monde!
JULIEN, attristé.—Je n'y resterai pas longtemps! Ce ne sera pas moi qui te ruinerai.
FRÉDÉRIC.—Et où iras-tu? Qu'est-ce qui voudra de toi?
JULIEN.—Ne t'en tourmente pas. Je suis déjà placé.
FRÉDÉRIC.—Placé! Toi placé? Et chez qui donc?
JULIEN.—Chez M. Georgey. Le bon M. Georgey, qui veut bien me garder chez lui.»
Frédéric retomba sur sa chaise dans son étonnement. Julien serait à la place qu'ambitionnait, qu'espérait Alcide! Une place si pleine d'agréments, près d'un homme si facile à tromper! Et c'était ce petit sot, ce petit pauvrard qui profitait de tous ces avantages!
«Il faut que je voie Alcide, se dit-il; il faut que je le prévienne; il a de l'esprit, il est fin, il trouvera peut-être un moyen de le perdre dans l'esprit de l'Anglais.... Heureusement que nous avons encore une journée devant nous.» Julien examinait la figure sombre de Frédéric et se disait:
«Il n'est pas content, à ce qu'il paraît. Il ne veut pas que j'aille à la foire, il a peur que je les empêche de tromper ce pauvre M. Georgey. Raison de plus pour que j'y aille.»
Ils restèrent quelques minutes sans rien dire, sans se regarder. Mme Bonard rentra pour servir le souper.