Tous deux se levèrent. Frédéric allait parler, mais Julien le prévint.

«Maîtresse, dit-il en s'avançant vers elle, j'ai quelque chose à vous demander, une chose que je désire beaucoup.

MADAME BONARD.—Parle, mon enfant; tu ne m'as jamais rien demandé. Je ne te refuserai pas, bien sûr.

JULIEN.—Maîtresse, j'ai bien envie d'aller demain à la foire.

MADAME BONARD.—Tu iras, mon ami, tu iras. J'allais te dire de t'y préparer; tu as bien des choses à acheter pour être vêtu proprement. Et ce n'est pas l'argent qui te manque, tu sais bien.

JULIEN.—Avec tout ce que vous m'avez déjà acheté, maîtresse, je n'ai guère plus de dix francs; à cinq francs par mois, il faut du temps pour gagner de quoi se vêtir.

MADAME BONARD.—Dix francs! Tu vois ce que tu as.»

Et, ouvrant l'armoire, elle en tira un petit sac en toile, le dénoua et étala sur la table cinq pièces de vingt francs, quatre pièces de cinq francs et trois francs soixante centimes de monnaie.

«Tu vois, mon ami, dit-elle, tu es plus riche que tu ne le pensais.

JULIEN.—Ce n'est pas à moi ces cinq pièces d'or, maîtresse. Vous savez que je vous les ai laissées pour le ménage.