MADAME COURTEMICHE.—Renvoyez, mon président, renvoyez en prison, à
Mazas, à Vincennes, ça m'est égal, pourvu qu'ils y restent. Pas vrai,
Chéri-Mignon, tu veux bien qu'on les laisse en prison?
Chéri-Mignon répondit par un aboiement formidable auquel Folo répliqua par un grognement sourd. Chéri-Mignon, s'élança des bras de sa maîtresse, saute aux oreilles de Folo qui le reçut avec un coup de dent. Chéri-Mignon, exaspéré par cette défense inattendue, se jeta de nouveau sur Folo et lui fit au cou une morsure assez profonde.
«Pille, Folo!» lui cria Mme Bonbeck, irritée de l'acharnement du caniche.
Folo ne se le fit pas dire deux fois; plus gros et plus fort que Chéri-Mignon, il le roula par terre et le couvrit de morsures sans lui donner le temps de se relever.
Mme Courtemiche criait: Mme Bonbeck applaudissait; les juges riaient; les spectateurs regardaient et s'amusaient; les Polonais battaient des mains. Les cris des chiens, ceux de Mme Courtemiche, les applaudissements de Mme Bonbeck et des Polonais, empêchaient la voix du président de se faire entendre; enfin, les huissiers saisirent les chiens et remirent à Mme Courtemiche son favori, mordu et éreinté; Folo alla recevoir les caresses de sa maîtresse et les félicitations de la foule.
LE PRÉSIDENT.—Cette scène est inconvenante. Madame Courtemiche, pour la dernière fois, expliquez-vous ou quittez l'audience.
MADAME COURTEMICHE.—Que Je m'explique! Que je m'explique devant une Cour qui laisse insulter, dévorer mon Chéri-Mignon, mon ami, mon enfant! Plus souvent que je m'expliquerai, devant des sans-coeur et des sans-cervelle…
LE PRESIDENT.—Madame Courtemiche, vous injuriez le tribunal. Je vous engage à vous taire.
MADAME COURTEMICHE.—Ah! vous voulez me faire taire! Je veux parler, moi; je veux qu'on sache comment le gouvernement rend la justice; que c'est une honte, une humiliation pour le pays que je représente, d'être traitée comme je le suis par un tas de gens…
LE PRESIDENT.—Huissier, faites sortir la plaignante; elle abuse de la patience du tribunal.