Ces derniers jours se passèrent lentement et tristement; M. Gargilier regrettait presque d'avoir consenti à la leçon d'ennui et de déception que méritaient si bien ses enfants, Mme Gargilier s'affligeait et s'inquiétait de cette longue séparation à laquelle elle n'avait consenti qu'à regret; les enfants eux-mêmes commençaient à entrevoir que leurs espérances de bonheur pourraient bien ne pas se réaliser,
L'heure du départ sonna enfin; Mme Gargilier pleurait, M. Gargilier était fort ému. Simplicie ne retenait plus ses larmes et désirait presque ne pas partir; Innocent cherchait à cacher son émotion et plaisantait sa soeur sur les pleurs qu'elle versait. Prudence paraissait fort mécontente.
—Allons, Mam'selle, montez en voiture; il faut partir puisque c'est vous qui l'avez voulu!
—Adieu, Simplicie; adieu, mon enfant, dit la mère en embrassant sa fille une dernière fois.
Simplicie ne répondit qu'en embrassant tendrement sa mère; elle craignit de n'avoir plus le courage de la quitter si elle s'abandonnait à son attendrissement, et Simplicie voulait à toute force voir Paris.
Elle monta en voiture; Innocent y était déjà. Prudence se plaça en face d'eux; elle avait de l'humeur et elle la témoignait.
PRUDENCE.—Belle campagne que nous allons faire! Je n'avais jamais pensé. Monsieur et Mam'selle, que vous auriez assez peu de coeur pour quitter comme ça votre papa et votre maman!
INNOCENT.—Mais, Prudence, c'est pour aller à Paris!
PRUDENCE.—Paris!… Paris!… Je me moque bien de votre Paris! Une sale ville qui n'en finit pas, où on ne se rencontre pas, où on s'ennuie à mourir, où il y a des gens mauvais et voleurs à chaque coin de rue…
INNOCENT.—Prudence, tu ne connais pas Paris, tu ne peux en parler.