—Emportons la malle à nous deux, dit Prudence.

—Moi porter seul. Madame Prude; malle lourd pour vous, léger pour moi.

Et chargeant la malle sur ses robustes épaules, il descendit lentement les cinq étages de Mme Bonbeck, suivi par Prudence et Simplicie. La peur d'être aperçues et arrêtées par Mme Bonbeck leur donnait des ailes; leur terreur ne se dissipa que lorsqu'elles furent établies dans le fiacre, Coz sur le siège, la malle sur l'impériale.

Quand ils arrivèrent chez Mme de Roubier, il était huit heures. Le concierge, surpris de les voir de si bon matin, plus surpris encore de les voir décharger une malle et renvoyer la voiture, et reconnaissant le Polonais roux qui avait eu une scène violente avec un cocher quinze jours auparavant, hésitait à les recevoir.

—Mme de Roubier ne reçoit pas si matin, Madame et Mademoiselle. Ayez la bonté de revenir plus tard et de me débarrasser de cette malle dont je ne sais que faire.

PRUDENCE.—Et où voulez-vous que nous allions? Où puis-je loger en sûreté ma jeune maîtresse, si Mme de Roubier ne la reçoit pas?

LE CONCIERGE.—Mais, Madame, cela ne me regarde pas; je suis chargé de garder la porte, de ne pas laisser entrer avant l'heure convenable; je ne peux pas faire de la cour un dépôt de malles et d'effets.

PRUDENCE.—Mon Dieu! mon Dieu! Ma pauvre petite maîtresse! Moi, cela m'est bien égal, mais pour elle, pauvre entant, je vous supplie de nous laisser entrer ou attendre chez vous les ordres de Mme de Roubier, qui connaît bien Mademoiselle et ses parents, puisque notre demeure est à une-lieue de son château.

Le concierge était bon homme, il se trouva plus embarrassé encore, il regardait d'un air indécis Prudence, dont le chagrin l'attendrissait, Simplicie, dont le visage gonflé et marbré de plaques rouges lui faisait compassion, et Coz, dont l'air décidé et la figure rousse lui inspiraient de la méfiance.

—Entrez, Madame, avec votre petite, dit-il enfin; Monsieur attendra en bas.