SIMPLICIE.—Ah! c'est ainsi que tu m'aimes et que tu me protège, comme papa t'a dit de le faire?
PRUDENCE.—Pour vous aimer, Mam'selle, Dieu m'est témoin que je vous aime de tout mon coeur, pour vous protéger, je me ferais hacher en morceaux pour vous garantir d'un malheur. Mais ça n'empêche pas que je voie clair et que je trouve comme d'autres que vous ne vous êtes pas comportée gentiment avec votre papa et votre maman. Parce que le fromage sent mauvais, ça n'empêche pas de l'aimer et de le manger avec plaisir. Parce que les gens ont des défauts, ce n'est pas une raison pour qu'on ne les aime pas et qu'on ne se dévoue pas à eux.
—Je te remercie de la comparaison, dit Simplicie piquée et humiliée; me comparer à un fromage puant, c'est trop fort en vérité!
PRUDENCE.—Oh! Mam'selle, je n'ai pas dit que vous étiez un fromage; j'ai seulement dit…
SIMPLICIE.—Tu as dit des choses ridicules et méchantes, et je te prie de te taire; je ne veux plus t'écouter et je ne veux plus que tu me parles.
—Comme Mam'selle voudra, dit Prudence en soupirant et en essuyant une larme qui roulait le long de sa joue.
Un domestique ne tarda pas à apporter le déjeuner de ces dames; c'était du café au lait avec des rôties de pain et de beurre. Simplicie mangea comme un requin malgré son chagrin et son irritation, et Prudence, malgré son inquiétude et sa tristesse, prit sa large part du déjeuner. Quand le domestique avait apporte le plateau, elle lui avait demandé de s'occuper du pauvre Coz et de le leur envoyer avec la malle quand il aurait déjeuné Elles avalent à peine fini que Coz entra d'un air inquiet.
—Madame Prude, moi où demeurer? Moi vouloir garder vous et Mam'selle.
Domestique me dire:
—Grand Polonais, pas entrer; Polonais roux, pas rester. Pas connaître
Polonais; pas aimer Polonais.
—Madame Prude, moi pas méchant, moi bon, moi rendre service moi aimer Madame Prude très bonne, Mam'selle triste et petite. Moi veux rester pour aider et servir Madame Prude.