—Messieurs…

Une foule compacte d'écoliers lui coupa la parole en se ruant sur lui; en une seconde il se vit entouré d'une quarantaine de furieux; les uns lui tiraient les jambes, les autres le mordaient, d'autres l'accablaient de coups de poing, de coups de pied on le griffait, on le pinçait, on le secouait. La quantité devant à la longue l'emporter sur la qualité, le maître jugea prudent de ne pas attendre; il se débarrassa de ses ennemis comme il put, et à grand'peine il parvint à gagner la porte, l'ouvrit, se précipita dehors, la referma à double tour et courut prévenir le maître de l'émeute qui venait d'éclater. Le maître n'était pas dans son cabinet; il fallut le chercher dans la maison, et, avant que le maître d'étude l'eût rejoint et l'eut amené à la porte de la classe, les petits misérables, excités par quatre ou cinq mauvais garnements qui avait tramé ce complot et qui avaient attaché la pauvre d'Innocent pour amené le désordre se mirent en devoir de faire subir au pauvre Innocent la punition de sa prétendue trahison.

Dès qu'ils furent enfermés, ils comprirent l'abîme dans lequel ils s'étaient jetés, et le calme se rétablit subitement.

Innocent était encore attaché au banc et cherchait vainement à casser la solide ficelle qui le retenait.

—Tire-toi de là si tu peux, mauvais capon! cria un des élèves, tu iras nous dénoncer après.

—Il faut l'empêcher de sortir! cria un autre.

—Et le punir de ses caponneries, dit un troisième.

—Jugeons-le, procédons légalement.

—Oui, pour qu'il s'échappe pendant que nous le jugerons!

—La porte a été fermée par le pion; comment veux-tu qu'il l'ouvre?