Il ne put continuer, parce que Coz, le saisissant au collet, le secoua rudement en disant: Toi taire! toi partir! toi insolent pour M. Nocent et Mme Prude! Moi, Coz veux pas! Va garder porte!
—Oui, je garderai la porte, grand vaurien, vilain roux; je la garderai si bien que ni toi ni tes maîtres vous n'en sortirez. Vous croyez que je me laisserai voler sans dire gare! que des méchants provinciaux peuvent venir gruger les gens de Paris, et puis, pst! disparaître! Vous verrez cela, vous verrez!
Avant que Coz eût pu abaisser le poing qu'il avait levé sur la tête du portier, celui-ci s'esquiva et referma la porte sur lui.
—Monsieur Nocent, dit Coz, moi penser faut pas rester ici; maison mauvaise, portier voleur, garçons méchants; pas bon, ça. Mme Prude et moi emmener M. Nocent, c'est mieux.
—Que dira papa? On lui écrira que je me suis sauvé; il sera en colère.
—Non, non. Monsieur Nocent, papa pas colère, papa rien à dire, papa trouver bon. Moi chercher habits, maîtres; Monsieur Nocent dire adieu et puis partir.
Prudence trouvait bonne l'idée de Coz et donnait ses raisons à Innocent, quand le maître entra.
—Monsieur Gargilier, dit-il, le portier réclame l'argent que vous lui devez pour des friandises que vous avez eu tort d'acheter et de manger; mais parce qu'on a eu tort d'acheter, ça ne veut pas dire qu'on ne doive pas payer, et je m'étonne que vous refusiez un payement que la justice vous oblige à faire.
INNOCENT.—Je vous assure. Monsieur, que je ne dois rien au portier, et que je n'ai acheté qu'une fois quelque? tartes et croquets que j'ai payés et sur lesquels il me redoit, plus de trois francs.
M. DOGUIN.—Mon ami, je comprends que vous ayez peur d'avouer la dette devant Madame, qui pourrait en informer votre père, mais ce que vous faites n'est pas honnête, et il faudra bien que vous payiez.