Le portier attendait à la porte la fin de ce dialogue; voyant qu'il se prolongeait, il fit: quelques pas et présenta à Innocent une feuille de papier pleine de chiffres.
INNOCENT.—Que me donnez-vous là, père Frimousse.
LE PORTIER.—C'est la note de ce que vous avez consommé. Monsieur.
Faut-il pas que je sois payé à la longue?
INNOCENT.—Moi! Je n'ai jamais mange qu'une seule fois de vos croquets, tartes, etc., et je n'ai eu aucune envie de recommencer.
LE PORTIER.—Pardon, excuse. Monsieur, mais tout cela a été consommé en votre nom, et je réclame le payement, profitant de la présence de Madame qui tient sans doute les cordons de la bourse.
INNOCENT.—Je vous dis que je ne vous dois rien et que je ne vous payerai rien, par conséquent.
Il est très fort, celui-là. Et ça ne se passera pas comme ça, mon petit Monsieur, dit le portier, le poing sûr la hanche. Vous me payerez jusqu'au dernier sou; c'est moi qui vous le dis. Et je vais de ce pas me plaindre à M. Doguin, qui vous régalera d'une salade de retenues de récréation, promenades et sorties. Et, nous verrons bien si je perdrai mes tartes, croquets, noix, pommes, tablettes et autres friandises! Vous me payerez, que je vous dis, et Madame ne sortira pas d'ici qu'elle ne m'ait tout payé ou fait une reconnaissance comme quoi qu'elle me doit trente-cinq francs et vingt-cinq centimes; pas un sou de moins.
—Mon pauvre Monsieur Innocent, si vous les devez, avouez-le-moi, je payerai, dit Prudence à mi-voix.
INNOCENT.—Je t'assure, Prudence que je ne dois rien du tout; c'est au contraire lui qui me doit trois francs et quelques sous sur une pièce de cinq francs.
—Seigneur! faut-il être méchant et menteur! s'écria le portier.