—Lis tout haut, je t'en prie, s'écrièrent-ils. Prudence tut ce qui suit:

«Ma chère Prudence,

«Ma femme et moi, nous avons été passer dix jours chez mon frère, et hier, à notre retour, nous avons trouvé les lettres des enfants, la vôtre et celle du maître de pension. Ne perdez pas un jour, pas une heure, pas une minute pour retirer notre pauvre Innocent de cette maison où l'ont fait entrer son entêtement et ma faiblesse. Quant à Simplicie, Je ne veux pas non plus qu'elle reste chez ma soeur; depuis quinze ans que nous vivons, ma soeur à Paris, moi à la campagne, il paraît que son humeur violente a fait des progrès déplorables. J'accorde donc à Simplicie comme à Innocent le pardon de leur conduite absurde, et je les attends avec une impatience égalé à la leur. Je n'aurais jamais consenti à la séparation qu'ils désiraient si ardemment si j'avais pu deviner les peines et les souffrances qui en résulteraient pour eux et pour vous ma pauvre Prudence, si dévouée, si attachée à mes enfants et à ma maison. Je voulais partir moi-même pour les ramener, mais ma femme s'est donné une entorse en descendant de voiture; elle ne peut pas bouger, et je reste près d'elle pour la soigner et la distraire. Arrivez le plus tôt possible et tâchez de trouver un homme, sûr pour vous accompagner jusqu'à Gargilier. C'est à vous de voir si la personne que Simplicie nomme dans sa lettre mérite confiance. Adieu, ma bonne Prudence; embrassez bien tendrement pour nous les chers enfants. Je ne regrette pas d'avoir cédé à leurs désirs, puisque la leçon a été bonne et complète et qu'ils me reviennent meilleurs qu'ils ne sont partis. Dites-leur que nous leur pardonnons de grand coeur leur sotte équipée, et remerciez Mme de Roubier de l'hospitalité qu'elle a bien voulu accorder à ma pauvre petite folle Simplicie. Je vous embrasse, ma bonne Prudence, avec tout rattachement que vous méritez si bien. J'écris à ma soeur pour la prévenir de ma détermination.

«Hugues GARGILIER.»

—Quel bonheur! Oh! Prudence, que je suis heureuse! Je reverrai ma pauvre chère maman et mon pauvre papa!

Et Simplicie fondit en larmes. Innocent partagea sa joie et son attendrissement. Prudence rayonnait; Coz restait triste et silencieux.

—Eh bien! mon pauvre Coz, qu'avez-vous? Vous n'êtes pas content des bonnes nouvelles que nous donne Monsieur.

—Pourquoi moi content? Moi voir partir et moi aimer vous tous! Moi rester seul, triste! triste! et personne pour consoler pauvre Coz…

—Mon pauvre ami, mais vous n'avez donc pas entendu que Monsieur me dit que si l'homme indiqué par Mam'selle Simplicie mérite confiance, il nous ramènera; cet homme, c'est vous! C'est vous qui nous ramènerez à Gargilier.

—Moi confiance? moi ramener? moi rester? moi pas quitter? Merci Madame
Prude! merci Mam'selle! merci Monsieur!