PRUDENCE.—Cest cela| Et moi. Je dis que si vous n'aviez pas pleurniché, ennuyé, assoté votre papa et votre maman, on ne nous aurait pas envoyés à Paris, et que nous, serions restés tranquillement chez nous.

SIMPLICIE.—C'est ta faute, Innocent: c'est toi qui m'as dit de pleurer et de bouder.

INNOCENT.—Eh bien, n'avons-nous pas réussi? Tu verras demain comme tu seras contente!… Je suis fatigué, j'ai sommeil, ajouta-t-il en bâillant.

Les enfants, se couchèrent; Prudence se coucha aussi après avoir rangé sa malle, mais ce ne fut pas pour dormir. A peine la chandelle fut-elle; éteinte, que des centaines, des milliers de punaises commencèrent leur repas sur le corps des trois dormeurs. Ils se tournaient, s'agitaient dans leurs lits; ils écrasaient les punaises par centaines; d'autres revenaient, et toujours et toujours. Simplicie se grattait, se relevait, se recouchait, gémissait, pleurait. Innocent grognait, se fâchait, tapait son lit à coups de poing. Prudence comprimait sa colère, maudissait Paris, sans oser toutefois maudire la fantaisie absurde des enfants et l'incroyable faiblesse des parents. Le jour vint: les punaises se retirèrent bien repues, bien gonflées du sang de leurs victimes, et les trois infortunés, succombant à la fatigue, s'endormirent si profondément, qu'ils n'entendirent l'appel des Polonais qu'au troisième coup de poing qui ébranlait la porte. Il faisait grand jour; il était neuf heures.

—Quoi? qu'est-ce? que me veut-on? s'écria Prudence à moitié endormie.

BOGINSKI.—Il est neuf heures. Madame. Tante Bonbeck attend à dix. Faut partir bientôt.

PRUDENCE.—Je ne comprends pas. Comment Mme Bonbeck sait-elle que nous sommes ici?

BOGINSKI.—Mon ami est allé hier soir; il a lu l'adresse sur la lettre, a couru pour aider.

PRUDENCE.—Excellents Polonais! vous serez récompensés! Vite, Monsieur,
Mademoiselle, levez-vous… Levez-vous promptement et partons.

COZRGBRLEWSKI.—Pas partir sans manger; pas sain à Paris sortir sans estomac plein. Voilà café prêt.