PRUDENCE.—Merci, chers sauveurs! Cinq minutes et nous sommes prêts.

La toilette ne fut pas longue; un peu d'eau aux main et au visage, un coup de brosse aux cheveux emmêlés, et la porte fut ouverte par Prudence pour donner passage aux Polonais apportant un plateau chargé de tasses, de café, lait, sucre, pain, beurre.

Vous permettez-nous manger avec vous? dit Boginski.

—Avec plaisir et reconnaissance, chers protecteurs, répondit Prudence attendrie.

Ils avaient tous faim et tous mangèrent copieusement; mais, entre tous, les Polonais se distinguèrent par leur appétit vorace; le pain de six livres, le litre de café, la cruche de lait, la motte de beurre, le sucrier plein furent engloutis par les Polonais affamés. Lorsqu'il n'y eut plus rien à manger, ils se levèrent, regardèrent Prudence et les enfants, et ne purent s'empêcher de sourire en voyant leurs visages rouges et bouffis.

—C'est puces qui ont mangé visage? demanda Boginski en cherchant à prendre un air de compassion.

PRUDENCE.—Non, ce sont des punaises; nous n'avons pas dormi jusqu'au jour. Je ne pensais pas qu'à Paris on fût mangé de punaises.

COZRGBRLEWSKI.—Paris grand! Place pour tous.

—Il faut payer et partir, Madame, dit Boginski d'un air aimable.

PRUDENCE.—A qui faut-il payer?