Mme Bonbeck sortit suivie des enfants, des Polonais, de l'amour des chiens et de l'amour des chats; ils marchèrent vers la cuisine en traversant la salle à manger, la chambre de Mme Bonbeck, la chambre destinée à Innocent, à Simplicie et à Prudence, ensuite un bout du corridor, puis la cuisine, où Croquemitaine fit connaissance avec Prudence.
MADAME BONBECK.—Tiens, Croquemitaine, je t'amène de bons garçons qui vont t'aider et qui nous feront rire.
CROQUEMITAINE.—Madame veut loger ces messieurs?
—Et où Madame veut-elle les mettre?
MADAME BONBECK.—C'est ton affaire, mets-les où tu voudras, couche-les comme tu pourras, et fais-les marcher rondement. Ils ont de drôles de noms, va; celui-ci s'appelle Boginski, et l'autre, Polonais pur sang, Cozrrrbrrrgrr… je ne sais quoi. Nous l'appellerons Coz pour abréger. Là! vous, voilà installés, les Polonais. Venez, vous autres, et toi aussi, Prude, tu vas défaire la malle des enfants.
Elle les mena dans leur chambre, donna une tape à l'un, tira l'oreille de l'autre, et les quitta en riant pour étudier sur son violon un morceau de Mozart qu'elle devait écorcher le soir avec trois ou quatre vieux amis qui grattaient comme elle du violon, de la contrebasse, ou qui soufflaient dans des flûtes.
—Innocent, dit Simplicie, quand ils furent seuls avec Prudence, ma tante est singulière; elle me fait peur.
INNOCENT.—Pas à moi; il ne s'agit que de lui répondre et de la faire rire. C'est une bonne femme.
SIMPLICIE.—Bonne! tu as donc oublié comme elle a battu son chien et son chat?
INNOCENT.—Je crois bien; ils se battent quand elle veut nous faire voir comme ils sont bons amis!